Répétition, télépathie et mémorisation
Le saut en parachute, c’est comme l’opéra. Une tenue près du corps est plus pratique (maintenant, je le sais). Il faut être sûr de son / sa partenaire, de son / sa moniteur.trice. On répète les mouvements au sol. Puis on se lance et on applaudit. La différence étant que qu’à l’opéra, il y a un plancher…
De façon plus pratique :
Une fois le saut confirmé après vérification du vent et de la météo (n’est pas Mary Poppins et son parapluie bavard qui veut), la répétition peut commencer. Les binômes professionnel / futur colibri sont formés. Moment stratégique, puisque tu réalises que tu confies tes 55kg (à l’époque) et le reste de ta vie aussi à vrai dire, à cet inconnu en combinaison d’astronaute matelassé. Tu cherches à lire son CV dans ses yeux. Tu évalues sa carrière de sauteur professionnel dans sa coupe de cheveux. Tu décryptes son nombre de sauts au compteur. Tu lui jettes ce regard furtif qui évalue à la fois son sérieux, sa corpulence. Tu jauges ses muscles et tout autre élément rassurant te permettant de croire que tout ira bien. Et tout ira bien en effet ! D’une part parce que nous avons à faire à des professionnels et que la télépathie n’existe pas. Et d’autre part, parce que ce n’est ni le poids, ni la taille, ni la coupe du cheveux du moniteur qui comptent. Après l’étape des binômes, vient celle de la répétition. Les apprentis colibris, au sol, découvrent les mouvements qu’il faudra répéter, visualiser et enregistrer puis encore répéter, visualiser, enregistrer… (voilà, dites-le encore et encore). Ballerine ou colibri, on se sent pousser des ailes lorsque le harnais vient nous habiller, que les mouvements sont sus et mémorisés.
Grand saut du colibri et ovation
La schizophrénie légère du vertige n’est plus. Seule reste l’excitation frissonnante qui grandit lorsque l’on s’avance vers l’avion. Il ne diffusera pas le message bien connu du personnel navigant “fermeture des portes, vérification de la porte opposée” et je vous laisserai découvrir pourquoi.
Installée à bord, plus de marche arrière possible quand l’avion vole désormais à près de 4000 mètres d’altitude. Au bout d’une dizaine de minutes environ, la Martinique vue du ciel est magnifique.
Minuscule et lointaine aussi. Le tandem que je forme avec mon moniteur siamois, est près à basculer dans le vide. Go. 200 km/h. Je hurle de plaisir. Aucune sensation de turbulences quelles qu’elles soient. c’est tout le contraire. La chute est maîtrisée, extatique, rapide, fougueuse, divine. Les mouvements répétés sont très correctement appliqués, le parachute s’ouvre. Tout devient calme, luxe et volupté aérienne. Une balade dans les airs paisible et déconnectée jusqu’à ce que nos pieds touchent le sol. C’est la fin, mais c’est trop court. A refaire, c’est sûr !