Au Diamant, à l’Anse Caffard, se trouve un lieu de mémoire particulièrement célèbre et entièrement consacré à l’esclavage. Lieu de partage culturel et historique, il a été érigé le 12 mars 1998 par la commune pour les 150 ans de l’abolition de l’esclavage, le 22 mai de la même année.

Le Cap 110 Mémoire et Fraternité a été créé par Laurent Valère, peintre et sculpteur autodidacte, né en 1959 également à l’origine de l’œuvre monumentale sous-marine Manman Dlo, dans la baie de Saint-Pierre.

Contexte et origine de l’œuvre

Faisons un saut de plusieurs siècles en arrière, revenons plus précisément à la nuit du 8 au 9 avril 1830. Un bateau de traite clandestin s’échoue au large des roches de l’Anse Caffard au Diamant, au pied du Morne Larcher, avec à son bord de nombreux captifs venus d’Afrique.

Un certain M. Dizac, alors gérant de l’Habitation Tourelle, en prend connaissance dès 23h parvient à sauver la vie de 86 de ces captifs (26 hommes et 60 femmes) grâce à l’aide de ses propres esclaves. Le lendemain, parmi les débris, ce sont 46 cadavres qui sont découverts (42 personnes noires et 4 personnes blanches). Aucun papier officiel n’a été retrouvé, de ce fait l’identité des victimes ou le nom du bateau reste, à ce jour, inconnu.

D’après un rapport, les marins négriers ont ensuite été enterrés au cimetière tandis que les captifs ont été inhumés non loin du rivage. Cet événement tragique est l’un des faits divers les plus marquants de la ville qui laissera un immense traumatisme ! Comme il s’agira du tout dernier naufrage d’un navire négrier de l’histoire de la Martinique, ce mémorial est un moyen de ne pas oublier cet événement tragique qui a coûté la vie à un grand nombre d’innocents.

Que représente le Mémorial du Cap 110 ?

Du haut de leurs 2,6 m de hauteur hors socle et en béton armé, les 15 statues présentes dans ce lieu chargé d’histoire sont placées en triangle, pour rappeler le commerce triangulaire reliant l’Afrique à l’Europe et l’Amérique, dont ont été victimes les esclaves déportés dès 1705.

Ceux-ci étaient échangés contre du textile, des armes ou des matières premières comme le sucre, le café, le cacao, le tabac et le coton. L’orientation et le lieu dans lequel ces statues regardent sont eux aussi très symboliques. En effet, le Cap 110 est orienté à 110° vers le Golfe de Guinée, d’où l’on suppose que venaient les divers navires. Ce lieu est d’autant plus symbolique qu’il se situe sur les terres de résidence d’un colon du nom de Jean Caffard, comme une ultime forme de résistance à l’oppresseur !

Le blanc des sculptures pose une dimension funéraire, le deuil des victimes de la période esclavagiste et de toutes ses dérives.

D’ailleurs, si l’on observe bien, les sculptures ne portent pas de chaînes, car historiquement, les captifs tous droits venus d’Afrique et qui sont décédés en Martinique, n’ont pas été esclaves sur le territoire, tandis que ceux qui ont survécus ont été transférés ailleurs par souci juridique à la suite de l’abolition de l’esclavage.

Le Mémorial du Cap 110 étant en plein air, l’accès y est libre. Il n’y a donc pas d’horaire, ni de tarif. 

Depuis son inauguration, tous les 22 mai, ont lieu des rassemblements et des commémorations dans le cadre de l’abolition de l’esclavage en Martinique, tandis qu’à la Toussaint, le monument est illuminé.