Au nord de la Martinique trône fièrement la Montagne Pelée. A la fois bénédiction pour la nature et danger potentiel pour l’homme, le célèbre volcan reste un symbole incontournable de l’île.

Pourquoi la Montagne Pelée ?

Vous vous dites sûrement, “mais quel nom étrange pour un volcan”. Pourquoi pelée ?
Les avis divergent sur l’origine de ce nom. On a longtemps pensé qu’au moment de la colonisation de la Martinique une précédente éruption avait détruit la végétation de la montagne lui donnant son aspect dépouillé, chauve, comme “pelé”. D’autres, enfin supposent que l’on doit chercher des origines plus lointaines. En effet, les anciens occupants de l’île, les indiens Caraïbes vénéraient la montagne comme la déesse du feu nommée Pelé, qui pouvait provoquer éruptions et tremblements de terre.
Quelle hypothèse est la bonne ? Le mystère reste entier. A chacun de se faire son avis sur la question.

La Montagne Pelée point culminant de la Martinique

La Montagne Pelée c’est aussi et surtout le sommet le plus élevé de l’île. on la voit de loin. D’un point de vue géologique, la Martinique est composée de deux ensembles volcaniques montagneux : les pitons du Carbet au centre, dont les sommets culminent à 100 mètres, et la Montagne Pelée au Nord dont l’altitude est de 1395 m pour une superficie de 120 kilomètres carrés. L’activité volcanique de la Montagne Pelée aurait débuté il y a environ 500 000 ans, tandis que le volcan des Pitons du Carbet aurait cessé son activité depuis environ 320 000 ans. Composée de couches de cendres et de laves volcaniques, la Montagne Pelée s’est constituée par l’activité d’un autre volcan plus au Nord, le Mont Conil qui a fonctionné en même temps que le volcan des Pitons du Carbet. A noter qu’ en 1902, la Montagne Pelée s’élevait à une plus haute altitude qu’elle ne l’est à l’heure actuelle. L’explosion de son sommet lors de l’éruption a considérablement réduit sa hauteur.

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Le rôle de la Montagne Pelée dans la biodiversité martiniquaise

Une grande partie du territoire martiniquais compte parmi les plus uniques au monde pour sa biodiversité, sa géologie et ses espèces endémiques. Les aires volcaniques de la Martinique, Montagne Pelée et Pitons du Carbet, sont classées en Réserve Biologique Intégrale. Cela signifie que ces territoires sont laissés à l’état naturel afin que la faune et la flore puissent s’y épanouir sans contraintes. Toute exploitation y est interdite, ce sont des espaces complètement protégés. Au sein de cette zone de 15 000 hectares se trouve le continuum forestier le plus diversifié et le mieux conservé des petites Antilles. Depuis les côtes jusqu’aux sommets, on peut observer des forêts humides d’une grande ancienneté, d’une telle variété qu’elles renferment 90 % des espèces d’arbres présents dans les petites Antilles. Ce sont des espaces qui recèlent une faune et une flore exceptionnelles, avec un grand nombre d’espèces endémiques de la région antillaise. Des espèces qui, si elles ne sont pas protégées, risquent de disparaître totalement de la surface du globe.
En juillet 2019, les volcans et forêts de la Montagne Pelée et des Pitons du Carbet ont obtenu le label national Forêt d’Exception. La candidature au Patrimoine Mondial de l’UNESCO doit être examinée en juillet 2022. Au titre de la géologie pour ses volcans, et pour sa biodiversité rassemblant une faune et une flore unique. Une consécration qui permettrait, une fois adoptée, de protéger le site comme héritage commun de l’humanité, du fait de ses particularités uniques au monde.

L’éruption du 8 mai 1902, et la destruction de Saint Pierre

La terrible, et meurtrière, éruption de 1902 fut précédée de signes avant-coureurs. Il y a eu d’abord deux précédentes éruptions au XVIII et XIX e siècle. La première alerte a lieu en 1792, et n’inquiète guère les habitants de l’île. L’éruption se résumant à quelques explosions au sommet du volcan. La seconde en 1851 est précédée par plusieurs mois d’échappement de fumées, mais les explosions sont plus violentes qu’en 1792. Les communes de Saint Pierre, du Prêcheur, et du Morne Rouge sont touchées par des retombées de cendres volcaniques. Les fumées ont continué pendant plusieurs mois après l’éruption.
Mais les fumerolles reprennent dès 1889, avec une activité allant crescendo jusqu’en 1902. Ce n’est que le 23 avril 1902 que survient la première explosion, rapidement suivie par de nombreuses autres, ce qui entraîne d’importantes retombées de cendres. On sait maintenant que du magma s’était accumulé obstruant le cratère, créant ainsi une accumulation de gaz.
Pour les habitants, la journée du 2 mai 1902 annonce déjà le pire avec une pluie de cendres volcaniques, une intensification des fumerolles, ainsi que des coulées de boue chaude. Au point que nombre de consulats décident d’arrêter leurs activités faisant évacuer leurs personnels de l’île. Plusieurs capitaines décident de lever l’ancre pour quitter au plus vite cette île où ils se sentent en danger.
Le lendemain, le samedi 3 mai, le côté ouest de la Montagne Pelée est maintenant entièrement recouvert d’une couche de cendres blanches. Les autorités de l’époque tentent de rassurer les habitants de Saint Pierre en proie à la panique. Le lundi 5 mai, le lac qui se trouvait au sommet du volcan se déverse dans la vallée de la Rivière Blanche, engloutissant au passage la distillerie Guérin. Dans cette tragédie périrent les 23 premières victimes de l’éruption volcanique. Le volcan est entré dans une phase d’activité pyrotechnique, avec des projections de lave incandescente, et une nouvelle fumerolle dans les hauteurs de Saint Pierre. Fait troublant, on rapporte que des vagues de vermines, rats, serpents, araignées, milles pattes, fourmis ont fui en masse un danger qu’ils sentaient imminent, envahissant les rues de Saint Pierre créant la plus grande terreur chez les habitants.
Le 8 mai, le volcan est secoué par une violente explosion à son sommet. Le gaz retenu par ce bouchon de magma explose un flanc de la montagne, laissant s’échapper ce qu’on nomme une “nuée ardente péléenne”, c’est à dire un nuage de 190 mètres de haut composé de cendres, de débris et de gaz d’une température de 200 ° à 250 ° C, et se déplaçant à la vitesse de 150 mètres par seconde. Cette nuée est destructrice et ne laisse aucune chance aux habitants tués par les débris, brûlés ou étouffés par les cendres et les gaz brûlants. 28 000 à 30 000 personnes furent tuées sur le coup. Les navires au mouillage subissent le même sort, leurs épaves font maintenant le bonheur des plongeurs. Mais la colère du volcan ne s’arrête pas là. Ce n’est pas moins de 7 nuées ardentes comme celle-ci qui vont balayer la ville de Saint Pierre jusqu’au 30 août 1902. Les activités volcaniques perdurent jusqu’en 1905.
C’est cette éruption de la Montagne Pelée qui a donné le nom à ce type d’éruption : le type péléen qui caractérise un volcan à dôme de lave et à explosion latérale. Le phénomène des nuages incandescents mêlant cendres et gaz brûlants va également être défini à cette occasion, on parle désormais de “nuées ardentes”. C’est une catastrophe de la même nature que celle qui a englouti la ville romaine de Pompéi en 79 après JC.
Il y a eu une autre éruption moins connue en 1929 qui se poursuivit jusqu’en 1932. L’activité explosive est néanmoins moins violente, ne fait aucune victime et peu de destructions matérielles. Néanmoins les déplacements préventifs de population entraînent une désorganisation de l’île avec la présence de plus de 10 000 réfugiés pendant plusieurs mois. Il s’agit de la dernière éruption de la Montagne Pelée. Le volcan est cependant toujours en activité et demeure étroitement surveillé

Morne rouge montagne pelée

Grimper au sommet de la montagne Pelée

Il existe trois voies pour atteindre le sommet. La première est le sentier de l’Aileron. C’est un itinéraire rapide puisqu’il ne passe pas par la caldeira. Il faudra marcher près de 5 km et gravir 600 m de dénivelé positif. Le point de départ est facilement accessible par la route (aire d’accueil de l’Aileron sur la D39).

Autre possibilité, passer par Grande Savane sur le versant ouest (versant du Prêcheur) est à réserver à ceux qui n’ont pas de temps à perdre. L’itinéraire évite le cratère et reste l’option la plus simple pour atteindre le sommet.

Enfin, la randonnée par le versant nord (Beaujour ou Désiles) est la plus longue (22 km). Il vous faudra faire le tour de la caldeira avant de descendre au cœur du cratère. Une fois au sommet, vous aurez une vue impressionnante sur la côte nord de la Martinique.

Comme partout en montagne, la météo peut être changeante. Et l’ascension deviendra alors très piégeuse. N’hésitez donc pas à consulter les bulletins météorologiques avant de commencer votre randonnée. Il vous faudra une bonne paire de chaussures de randonnée (pour un bon maintien du pied et éviter les glissades), un pull (plus on monte, moins il fait chaud), une bouteille d’eau et de la crème solaire, car le soleil est très fort sur les pentes de la montagne.

Enfin, pour profiter au mieux du décor exceptionnel que l’on a depuis le volcan comme la faune et la flore, partez tôt le matin. Conseils
Bien s’équiper : de bonnes chaussures de marche ou de randonnées s’imposent. AInsi q’un coupe vent, il peut faire frais et humide dans les hauteurs. Sur les hauteurs de la Montagne Pelée le climat n’est pas le même que sur le reste de l’île. Plus on prend de l’altitude, plus les températures ont tendance à baisser. Et peuvent descendre jusqu’à 10°C. La pluviométrie n’est pas non plus la même, l’humidité et les averses sont beaucoup plus importantes.
Jetez un œil aux prévisions météo les jours d’avant. En cas de pluie, certaines portions du sentier peuvent s’avérer glissantes et boueuses.